Votre équipe technique vous parle de DeepSeek parce que ses modèles coûtent peu et rivalisent, selon l'éditeur, avec les références américaines. Vos collaborateurs, eux, ont peut-être déjà installé l'application. Les deux usages ne posent pas du tout les mêmes questions.

Cet article repose sur les pages officielles de DeepSeek (documentation de l'API, politique de confidentialité, Hugging Face), sur les décisions publiées par les autorités et sur la presse reconnue pour les faits qu'elles n'ont pas publiés, consultés le 20 octobre 2026. MindAtlas n'a pas réalisé d'essai pratique : les points non confirmés sont signalés.

Qu'est-ce que DeepSeek et d'où vient-il ?

DeepSeek est un laboratoire d'IA chinois, édité par la société Hangzhou DeepSeek Artificial Intelligence. Il s'est fait connaître en janvier 2025 avec R1, un modèle de raisonnement présenté comme très performant pour un coût d'entraînement bien inférieur à celui de ses concurrents. Le 27 janvier 2025, Nvidia perdait près de 600 milliards de dollars de capitalisation en une séance, un record selon CNBC.

DeepSeek propose une application et un site de conversation, et une API payante pour les développeurs. Il publie aussi les poids de ses modèles, ce qui permet de les faire tourner ailleurs que chez lui : c'est ce qui le rend intéressant pour une entreprise européenne.

Quels sont les modèles DeepSeek en octobre 2026 ?

Le journal des mises à jour de l'API retrace une année chargée :

  • 24 avril 2026 : lancement de DeepSeek-V4-Pro et DeepSeek-V4-Flash. Les anciens identifiants deepseek-chat et deepseek-reasoner sont arrêtés le 24 juillet 2026 : les intégrations qui les utilisaient ont dû être modifiées.
  • 13 août 2026 : version définitive de V4-Pro, niveaux de réflexion réglables (low, high, max) et tarification heures pleines / heures creuses à partir du 16 août.
  • 10 septembre 2026 : DeepSeek-V4.1-Flash, nativement multimodal, remplace V4-Flash ; baisse des prix de l'API.
  • 17 octobre 2026 : mise à jour V4.1-Flash-1017, au même prix, et ouverture d'une API de recherche web (Search & Fetch).

Selon l'annonce de V4, V4-Pro compte 1 600 milliards de paramètres, dont 49 milliards actifs par requête, et V4-Flash 284 milliards, dont 13 milliards actifs. Les deux acceptent un contexte d'un million de tokens ; la page tarifs indique une sortie maximale de 384 000 tokens.

Le dépôt Hugging Face de DeepSeek-V4-Pro indique que le code et les poids sont publiés sous licence MIT, qui autorise l'usage commercial. Les poids de V4.1-Flash sont également publiés sur Hugging Face. Non confirmé : nous n'avons pas vérifié la licence du dépôt V4.1-Flash ; lisez-la avant tout déploiement. Les performances mises en avant sont celles de l'éditeur, pas des mesures indépendantes.

Combien coûte l'API DeepSeek ?

Prix de l'API officielle, relevé du 20/10/2026 (dollars par million de tokens)
  • V4.1-Flash (deepseek-flash), heures pleines : 0,30 $ en entrée (0,006 $ si l'entrée est déjà en cache), 1,20 $ en sortie.
  • V4.1-Flash, heures creuses : 0,15 $ en entrée (0,003 $ en cache), 0,60 $ en sortie.
  • V4-Pro (deepseek-v4-pro), heures pleines : 1,32 $ en entrée (0,044 $ en cache), 3,96 $ en sortie.
  • V4-Pro, heures creuses : 0,66 $ en entrée (0,022 $ en cache), 1,98 $ en sortie.
  • Heures pleines : 1 h à 4 h et 6 h à 10 h UTC, du lundi au vendredi, hors jours fériés chinois. Tout le reste est en heures creuses.

Pour un ordre de grandeur, un million de tokens représente plusieurs centaines de pages de texte. Les heures pleines tombent en matinée, heure de Paris : un traitement par lots lancé l'après-midi ou le week-end coûte deux fois moins. La page tarifs n'indique pas si les taxes s'ajoutent. L'application de conversation est accessible depuis le site officiel ; la page d'accueil ne mentionne pas de tarif pour cet usage.

Où partent vos données quand vous utilisez DeepSeek ?

La politique de confidentialité de DeepSeek, mise à jour le 10 février 2026, est explicite : la société indique collecter, traiter et stocker les données personnelles en République populaire de Chine. Elle précise que ces données peuvent servir à entraîner ses modèles et que vous pouvez vous y opposer, par une demande adressée à son service de confidentialité : nous n'avons pas trouvé de réglage en libre-service pour ce refus.

La politique comporte une section propre à l'Espace économique européen, avec les bases légales invoquées et vos droits, et désigne un représentant dans l'Union européenne (Prighter). Elle ne nomme pas de mécanisme précis de transfert des données vers la Chine, pays qui ne bénéficie d'aucune décision d'adéquation de la Commission européenne.

Non confirmé : nous n'avons pas vérifié les conditions propres à l'API (plateforme ouverte). Par prudence, considérez que les données envoyées à l'API officielle sont, elles aussi, traitées par DeepSeek en Chine.

Que disent la CNIL et les autres autorités européennes ?

  • Italie. Par une décision du 30 janvier 2025, la Garante, l'autorité italienne de protection des données, a ordonné la limitation du traitement des données des personnes situées en Italie, après des réponses jugées insuffisantes de DeepSeek, et a ouvert une enquête.
  • Allemagne. Le 27 juin 2025, la commissaire à la protection des données de Berlin a signalé l'application à Apple et Google comme contenu illicite au titre du règlement sur les services numériques, en invoquant l'absence de garanties pour les transferts vers la Chine (JURIST).
  • République tchèque. Le gouvernement a interdit DeepSeek dans l'administration en juillet 2025 (Euronews).
  • France. La presse a rapporté début 2025 que le service IA de la CNIL analysait l'outil. Non confirmé : nous n'avons trouvé aucune décision ni recommandation publiée par la CNIL sur DeepSeek au 20 octobre 2026.

Non confirmé : nous n'avons pas pu vérifier si la mesure italienne et le signalement berlinois sont toujours en vigueur, ni s'ils ont abouti à un retrait effectif de l'application des boutiques.

Quels risques de sécurité et de biais ont été mesurés ?

En janvier 2025, la société de sécurité Wiz a découvert une base de données de DeepSeek exposée sur Internet, avec des historiques de conversations et des clés, fermée après son signalement (Wiz).

Le 30 septembre 2025, le CAISI, centre rattaché au NIST américain, a publié une évaluation de R1, R1-0528 et V3.1. Face à une technique de contournement courante, le modèle le mieux protégé (R1-0528) répondait à 94 % des requêtes ouvertement malveillantes, contre 8 % pour les modèles américains de référence. Les agents construits sur ce modèle étaient en moyenne douze fois plus susceptibles de suivre des instructions détournées, et les modèles reprenaient quatre fois plus de récits inexacts du Parti communiste chinois.

Deux nuances : ces tests portent sur des versions antérieures à V4, et le CAISI est un organisme gouvernemental américain, dans un contexte de rivalité technologique. Ils justifient la prudence et des tests sur vos propres cas, pas un rejet de principe.

Comment utiliser DeepSeek sans exposer vos données ?

1. L'auto-hébergement. Grâce aux poids publiés, vous pouvez faire tourner les modèles sur vos serveurs, avec des moteurs d'inférence comme vLLM ou SGLang, ou via la plateforme Hugging Face. Aucune donnée ne sort de chez vous, mais V4-Pro demande plusieurs GPU haut de gamme ; V4.1-Flash est plus accessible.

2. Un hébergeur dont vous maîtrisez la région. Le catalogue Microsoft Foundry propose DeepSeek-V4-Pro (fiche du modèle). Non confirmé : nous n'avons pas vérifié qu'un déploiement limité à l'Union européenne est proposé pour ce modèle. Un déploiement « global » peut traiter les requêtes hors d'Europe : exigez la région et lisez l'accord de traitement des données avant de vous engager.

3. Des règles internes claires. Interdisez l'application et l'API officielles pour toute donnée personnelle ou confidentielle, et faites vérifier par un humain les réponses sur les sujets politiques ou sensibles, où les biais mesurés sont les plus marqués.

Faut-il utiliser DeepSeek dans une PME ?

Recommandation MindAtlas : puissant mais complexe.

  • À qui ça convient : une équipe technique qui veut un modèle ouvert, peu coûteux, à héberger elle-même ou dans une région qu'elle contrôle, pour des traitements internes (classement de documents, extraction, code).
  • À qui ça ne convient pas : les collaborateurs qui cherchent un assistant du quotidien et utiliseraient l'application officielle avec des données de l'entreprise.
  • Quand ça vaut le coup : pour de gros volumes de texte, où l'écart de prix devient significatif, une fois les tests de qualité et de sécurité faits sur vos propres données.
  • L'alternative : pour un modèle ouvert développé en Europe, lisez notre guide Mistral AI ; pour un assistant grand public, notre comparatif ChatGPT, Claude et Gemini.

Les autres assistants et modèles sont réunis dans la catégorie Chatbot du catalogue.

Sources et visuels. Pages consultées le 20 octobre 2026 : documentation de l'API DeepSeek, journal des mises à jour (api-docs.deepseek.com/updates), page tarifs (api-docs.deepseek.com/quick_start/pricing) et annonce de V4 du 24 avril 2026 ; politique de confidentialité de DeepSeek (version du 10 février 2026) ; deepseek.com ; Hugging Face (deepseek-ai/DeepSeek-V4-Pro et page de l'organisation deepseek-ai) ; Garante per la protezione dei dati personali, décision du 30 janvier 2025 (docweb 10098477) ; NIST, évaluation du CAISI du 30 septembre 2025 ; Wiz Research (janvier 2025) ; catalogue Microsoft Foundry. Presse : CNBC (27 janvier 2025), JURIST (juin 2025), Euronews (10 juillet 2025). Image de couverture : visuel officiel de DeepSeek (deepseek.com). Les prix et conditions peuvent évoluer : vérifiez-les sur le site de l'éditeur.